Nous nous proposons d'étudier ici la muraille qui clôt et protége la ville. les tours qui, placées aux endroits névralgiques, permettent d'assurer la surveillance et les portes qui assurent la relation dedans/dehors tout en se positionnant comme les points les plus fragiles du système.
De quel appui documentaire disposons-nous pour une telle étude ? La bibliographie apporte peu d'éléments et doit être maniée avec prudence car c’est dans ce domaine qu'on a écrit le plus d’erreurs jusqu’à Laffont/Bréchon (1).
L'archéologie et l'observation sur le terrain (à faire) donnent quelques informations utiles, mais il faut reconnaître qu'il ne reste plus beaucoup de vestiges du site défensif ancien de Tournon pour la période médiévale alors que l’allure générale de la vieille ville s'est assez bien conservée (2) ; il fant également être prudent en observant les restes des murs de clôture que l'on voit sur la colline au-dessus de la ville, car il y a eu, à la fin du XVIe siècle, une nouvelle campagne de fortifications (3) dont les restes plus récents sont mieux conservés,
La documentation iconographique est pauvre elle-aussi et à manier avec prudence ; le dessin de Seruzier, dont j'ai déjà parlé, apporte quelques éléme,ts mais, daté du XVIIIe siècle, il présente une situation trop tardive (4) pour être utilisé sans critique. Il en est de même du dessin aquarellé qui présente la ville de face (5) REFERENCE À METTRE BNF ESTAMPES ET COMMENTAIRE POUR ROQUEBRUN.
C’est en fait la documentation écrite qui apporte le plus grand nombre d'informations utiles pour notre période, surtout les compoix de 1448 et de 1521.
1) E. Delarbre, op. Cit., pp. 211-224 fait une présentation rapide de l’enceinte en mêlant des informations de périodes différentes ; de plus, il reproduit un plan exécuté en 1906 (ville en 1600) d’un architecte de Tournon et qui présente plusieurs erreurs graves.
2) Des cinq portes que comptait la ville au Xvème siècle, seule celle dite de Mauves au sud de la ville subsiste. Quelques traces existent pour celle du Doux au nors et peut-être un reste vers l(église (porte de Chal ??? vers hôtel Lavilléon).
3) Elle est due à l'initiative de Claude de la Tour-Turenne, épouse de Just II.
4) Bibliothèque nationale, cabinet des estampes, Destailleurs, n° 2147. Ce dessin présente une situation postérieure à la seconde enceinte ; d'autre part, au XVIIIe siècle, la muraille qui ne sert plus est déjà à l'abandon.
Le compoix de 1448 n’insiste pas suffisament sur le territoire intra muros, ce qui réduit son utilité ; en revanche celui de 1521 est davantage bavard. Une comparaison de ce document avec la documentation du milieu du XVe siècle permet d'affirmer qu'entre les deux dates, il n'y a guère eu de modification dans le tracé. La description du début du XVIe siècle – qui peut en être tirée – est utile comme pour le suivant de 1648.
Les comptes des syndics du XVe siècle apportent le plus grand nombre d’informations de grand intérêt (comptes de réparation des murs, travaux aux portes et aux tours, réfection des bâtiments comme l’église) ; l’absence de fonds seigneurial pénalise l’approche du château qui est l’affaire des archéologues. Le dépouillement des notaires, trop peu nombreux, n'a apporté aucun résultat.
Etant donné que le système défensif de Tournon n'a jamais été présenté, nous prendrons un peu de temps à offrir me résultat de nos dépouillements. Tout cela est à replacer dans le contexte des guerres (voir supra).
a) La muraille et le système défensif de Tournon au XVe siècle : description.
Au milieu du XVe siècle, il y a une seule muraille à Tournon qui réunit et englobe les deux parties qui se sont formées côte à côte : la ville et le bourg (Laffont propose un commentaire sur les diverses enceintes successives) ; la porte qui , située près de l'église, séparait jadis ces deux zones n'existe plus (2). J'ai essayé de placer sur un plan le tracé présumé de ce système défensif À COMMENTER (3)
1) ???.
2) J'ai évoqué cette question plus haut aux pp. 33- 35.
3) Voir p. 52.
Ie Bourg :
Il présente la particularité de n'être fortifié que du côté de la montagne – ce qui demande à méditer sur le côté le plus fragile et sujet aux incursions, on peut aussi dominer la vallée ; en revanche, du côté du Rhône, les maisons confrontent le fleuve (1) ; elles avaient sans doute en façade arrière des murs épais qui tenaient rôle de muraille et il n'y aurait pas eu de réel danger si les maisons avaient formé une ligne continue, ce qui n'était pas le cas. On trouvait deux petites ruelles de ce côté et une rue plus grande où passait un ruisseau qui depuis la colline allait se jeter dans le Rhône. Ces ouvertures n'étaient pas fermées du côté du fleuve (2); il y avait donc là un moyen d'accès facile dans Tournon (3) pour des ennemis,et le Rhône en crue trouvait là une voie toute tracée pour envahir les rues.
Au nord, la grand-rue aboutissait à une des deux portes principales de Tournon : la porte du Doux (il reste la trace de son emplacement sur le mur d’une maison) ; à l'ouest de cette porte, un mur de clôture commençait et gagnait en gravissant la colline la tour Saint-Jacques qui dominaît et protégeait la porte de Doux. Ia muraille continuait ensuite sur la colline et ne touchait pas les habitations. Notons que cette tour avec le terroir de « Saint-Jacques » en arrière, visible encore sur les anciens plans cadastraux a toujours été confondue avec une autre (disparue aujourd’hui). Celle-ci est encore bien visible et accesible par le sentier des tours.
De là la muraille continuait sans toucher les habitations en en contre-bas (5). L’enceinte rejoignait la tour de Lerre qui dominait la partie centrale de la grande rue du Bourg, puis reliait cette tour à une autre située non loin, juste au-dessus de la « rue du ruisseau Artaud » : la « tour de l'Echaffaut ». Le bourg s'arrêtait en gros au niveau de cette dernière tour, mais il n'y avait aucune marque particulière au niveau de la muraille qui continuait et englobait toute la partie appelée « Ville ».
La comptabilité (voir autre étude) donne de précieux renseignements sur les travaux aux tours, portes…
1) Cela apparaît nettement dans le compoix de 1448 et plus encore en 1521. (exemples)
2) Il devait y avoir une petite clôture (voir une délibération de 1691 où, devant le danger des camisards, il fut jugé nécessaire de "faire fermer les deux clidats des deux rues...".
3) Il y avait sans doute entre le fleuve et les maisons un petit chemin instable qui permettait le hâlage. Il était très difficile d'accoster à cet endroit pour un bateau; cela expliquerait que la ville n'ait jamais craint une attaque de ce côté.
4) Cette tour et un pan de murs en dessous sont encore visibles aujourd'hui.
5) les documents cadastraux donnent comme confronts au couchant pour ces maisons le rocher.
Ia Ville :
la partie du mur de la ville qui s'étendait entre la tour de l’Echaffaut et la porte de Mauves (côté ouest et sud) est difficile à fixer précisément au milieu du XVe siècle alors qu’on peut la tracer aisément pour 1521 grâce aux renseignements fournis par le cadastre.
La difficulté se pose surtout pour la portion qui allait de « l’Echaffaut » à la « tour de Pierregourde » ; en 1521, le mur s'appuyait sur l'arrière des maisons de la « rue de Vistet », puis gagnaiît la « tour de Pierregourde » située à quelque hauteur ; rappelons qu’en 1448, la zone habitée de la rue de Vistet était faiblment construite – espace vide ou en friche (1); on peut donc s’interroger avoir si à cette date le mur passait au même endroit et laissait
entre lui et l'arrière des maisons de la grand-rue un terrain vîde où apparaissait çà et là un jardin ,ou bien s’il existait un mur plus au levant qui aurait été démoli au moment de la construction des maisons de la rue de Vistet à la
fin du XVe et au début du XVIe siècle. J'opterai plutôt pour la première alternative, car le dessin précis de la zone de Vistet ei de ses maisons en 1521 montre que les constructions se sont faites en s'appuyant un mur qui existait déjà ; d'autre part, nulle part à l'est de cette zone, on ne trouve mention de fragments d'un mur plus ancien.
Rappelons aussi que les comptes prlent vers 144 ??? de la réalisation d’un « mur nou » À CREUSER Aux 14 ET 15E S. DES TRAVAUX RÉGULIERS ONT ÉTÉ FAITS
De la tour de « Pierregourde », le mur descendait au niveau du sol ??? de la ville et aboutissaît à la tour et à la porte de Palhassier (2). Cette porte secondaire dans la ville ne desservait aucun axe important mais s'ouvrait sur une petite route en direction de la colline de Tournon (et de Plats???).
Pierregourde ou Palhassier = Tour actuelle de la Vierge ???
1) Voir p. 71.
2) Ia tour de « Pierregourde » existe encore aujourd'hui; on l'appelle la tour de l'Hôpital. On peut voir de chaque côté des restes des deux pans de mur qui aboutissaient au nord et au sud à cette tour (avec la Vierge).
De la porte Palhassier à la porte de Mauves, le mur suivait l'alignement des maisons et laissait entre elles et lui un passage qualifié dans les textes de « carreria de retro barriis » ou de « charriere darrier les barris ». Cette portion du mur a été complétement détruite à la veille de la Révolution : un acte notarié, se rapportant à cette démolition, fournit un croquis (1) ; entre les deux portes, on voit trois tours qui existaient déjà au XVe siècle ; ce sont - en allant du nord au sud - les tours de Bayron, de Lardet et de Pelat (2).
Àprès la porte de Mauves, la muraille se dirigeait vers le Rhône en suivant de nouveau l'alignement des maisons et en laissant entre elles et lui un passage qui était le prolongement de la rue « de retro barris ; arrivée au Rhône, la muraille aboutissait à la tour de la Tuilière située à l'angle sud-est de la ville ; entre cette tour et la porte de Mauves, il y avait aussi deux petites tours de moindre importance, dont les emplacements figurent encore sur le plan cadastral de 1819 : les tours de « Faurot » et de « Granolhier » (3).
Après la tour de « La Tuilière », le mur remontait vers le nord en suivant la rive du Rhône jusqu’au port où se trouvait une porte (ancienne???) qui offrait un accès à la ville quand on y arrivait par eau ; plus loin le mur se prolongeait encore vers le nord jusqu’au château : un peu en amont de celui-ci, il y avait la « tour de Gloire » qui protégeait la porte du port. Le château faisait partie du système défensif : sa façade est qui donnaît sur le Rhône servait à cet endroit de prolongement au mur de la ville. Au début du XVIe siècle, on trouvait à chaque angle de cette façade deux tours puissantes dont une venait d'être construite (4).
1) Arch. dép. de l'Ardèche, 28 6743, fol. 210-216. Acte du 9 juin 1787. Cette démolition fut faite pour construire un corps de casernes.
2) Ces noms sont donnés par un état de garde de la ville en 1398. AMTournon, CC 23, fol. 10-11 v°. Les points fortifiés sont présentés dans l'ordre selon leur position géographique depuis le portail du Doux jusqu'au port.
3) C’est le même document que précédemment qui indique ces deux noms.
4) Arch. dép. de l'Ardèche, G 360, fol. 325. On trouve mention d'une maison qui vient d'être démolie pour établir la tour neuve du château.
Le mur reprenait ensuite pour former une dernière portion qui clôturait sans doute à l'est, du côté du Rhône, la place Saint-Julien ; ce mur devait rejoindre la façade est de la première maison de la grand-rue du bourg. Il s'arrêtait ensuite, comme je l'ai dit plus haut, pour ne reprendre qu'au niveau de la porte du Doux. Sur la place Saint-Julien, le mur offrait une porte appelée « porte du port Saint-Julien » ou porte de « Crévecoeur » ; les visiteurs arrivant en bateau pouvaient entrer par là comme ils pouvaient entrer par la « Porte de Port ».
Examinons maintenant plus précisément les éléments du système de défense.
b) Les éléments du système défensif : mur, :tours et porles.
Il ne reste aujourd'hui que peu de fragments visibles du mur ancien de la ville (1). Dans la première moitié du XVe siècle, quand il fallut établir une défense solide et opposer à l'ennemi menaçant la ville une position inexpugnable, plusieurs parties du mur de la ville n'étaient plus en état ; il y eut donc de fréquentes réparations dont les comptes des syndics offrent un témoignage de qualité (2). Le terme le plus fréquemment employé dans les textes tournonais pour désigner le mur qui clôt la ville est « barrii » ; en langue vulgaire, on trouve « pares ». Ce mot a eu deux sens au Moyen Age : celui de faubourg et celui de remparts ; il aurait pour origine le mot gaulois « barr » qui signifie fermeture ou plutôt branchage. On retrouve ce terme employé dans plusieurs localités de la vallée du Rhône, du Dauphiné et du Vivarais comme à Bourg-St-Andéol…
1) Je renvoie aux photographies de la page 61.
2) La même remarque a été faite par M. Gonon, Comptes de construction en Forez au XIVe siècle dans La construction au Moyen Age, Actes du congrès de la société des historiens médiévistes, Besançon, 1972, pp. 15-37.
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