Certaines villes disposent dès le Moyen-Âge de chroniques ou de récits à caractère public ou privé, permettant une approche des grandes lignes de leur histoire, de mieux comprendre comment l'endroit était perçu et compris par ceux qui y habitaient.
On pourrait citer les registres célèbres des capitouls de Toulouse, la chronique de l'arpenteur Boysset pour la ville d’Arles, divers mémoires ou livre de raisons comme à Périgueux ou encore au Puy ou encore à Annonay.
Pour la ville de Tournon, nous ne possédons rien de tel et ce sont finalement les documents comptables, à défaut de délibérations, qui pourraient former les bases d’une chronique.
Quand arrive le XVIe siècle, nous disposons de l'histoire de Jean Pélisson. Elle s'inscrit dans une démarche de justification et de louange à la famille locale dans un style d'écriture propre à l’Humanisme - avec l’inévitable risque d’un récit "À la recherche d’origines antiques et fabuleuses". On peut et doit aller plus loin et surtout chercher dans la narration de Jean Pélisson la trace de faits vécus par lui-même ou puisés dans des sources qu’il a pu consulter de son temps.
1378
Le 24 janvier 1377, moi, Bertrand Boysset, je traversai l’étang du Pont-de Crau à pied sec. Cet étang est appelé la lône.
Raymond Berthomieu, Jaufre Chamba, Guilhem Malet et beaucoup d’autres étaient avec moi lorsque nous traversâmes cette lône à sec, chose jamais vue de mémoire d’homme.
Le cours d’eau qui vient après était à sec.
L’étang et le cours d’eau commencèrent à tarir après la mi-août.
Au temps des vendanges, par l’étang de cette lône, passaient et passèrent des charrettes chargées de raisins aussi bien qu’à vide.
Il n’y avait nulle part de l’eau dans l’étang du cours d’eau susdit.
Dans l’étang de la lône, appelé aussi l’étang du Pont-de-Crau, près de la cabane des pêcheurs, il y avait de l’eau d’une profondeur d’un pan seulement et de deux setérées environ d’étendue.
De la cabane des pêcheurs de la lône où était l’eau jusque là où est l’arche du pont de Crau, [il y avait] un demi mille du côté du bout du pont qui est en Crau.
De la soude fut semée dans le cours d’eau et l’étang pendant la sécheresse par Bertran Roiera et par Giraud Agoult d’Arles.
Le 10 mars de cette année naquit Jaumet, fils de Bertran Boysset.
Messire Honorat Olivier, chapelain,
et madame Stevena Alba, épouse de
monseigneur Charles Alba, chevalier d’Arles,
le firent baptiser. Jaume
Le 25 novembre 1378 naquit Honorat, fils de Bertran Boysset.
Johan de Vilamus et son épouse Blancona
le firent baptiser. Honorat
1378
L’an MCCCLXXVII, lo jorn XXIIII de jenoier, ieu, Bertran Boysset pasiey per denfra l’esthan del Pont de Crau per terra sequa que lodig esthan si nomna la lona.
Item, era an mi Raimon Bertomieu e Iaufre Chamba e Guilhem Malet e motos d’autres quant pasem per la sobredicha lona que era tota sequa que non si vi de memoria d’ome.
Item, lo rag que ven apres era tot sec.
Item, l’esthan de la lona e del rag sobredig comenset a sequar per mieg avost pasat. Item, per l’esthan de la sobredicha lona pasavan e paseron caretas per lo temps de vendemias cargadas de rasins e non cargadas.
Item, en l’esthan del rag sobredig non avie ayga a nenguna part.
Item, en l’esthan de la lona sobredicha d’autramens apelat l’esthan del Pont de Crau avie d’ayga prop de la cabana dels pescados I palm tant solamens fondal e non tenie plus d’espasi de doas sestairadas vo entorn.
Item, d’aqui von era la cabana dels pescados de la lona von era l’ayga davant von es larc del Pont de Crau miega milha don la part del cap del pont que si ten an Crau.
Item, fon semenada souda en lo rag et en la lona tant com estat sequa per Bertran Roiera e per Giraut Agut d’Arle.
L’an que desus, lo jorn des de mars,
nasquet Jaumet, fhil de Bertran Boysset.
E fes lo bateiar monsen Honorat Olevier,
capelan, e madona Stevena Alba, molher
de monsen Quarles Alba, quavalier d’Arle.
Jaumet.
L’an MCCCLXXVIII, lo jorn XXV de novembre,
nasquet Honorat, fhil de Bertran Boysset.
E fes lo bateiar Johan de Vilamus an Blancona sa molher.
Honorat.
